Jeux Zoom #11 : Okiya, la maison des Geishas

Une forme poétique pour un fond élégant

Au pays du Soleil Levant, deux Okiyas s'affrontent dans une guerre d'influence aux échanges stratégiques déterminants. Déposez vos sabres et autres nunchakus, ici, réflexions et anticipation seront vos armes principales. Quelle Okiya parviendra à s'attirer les faveurs de l'empereur ?

 

Description :

Publié en 2012 aux éditions Jactalea, Okiya, de Bruno Cathala (auteur) et Cyril Bouquet (illustrateur) propose à 2 joueurs de s'opposer dans des parties d'environ 10 minutes ayant la stratégie pour mécanique principale.

Il se compose d'une liste assez courte de matériel :
8 jetons rouges, représentant l'Okiya rouge.
8 jetons noirs, représentant l'Okiya noire.
16 tuiles qui, une fois disposées, constitue le jardin impérial de l'empereur.

 

Bon, nous l'aurons compris, Okiya est avant tout un jeu de stratégie. Mais qu'en dire de plus ? Ça veut dire quoi "Okiya" ? Et puis ce jeu, il est fun ? Tâchons d'en découvrir plus sur ce titre simple mais efficace.

Que les amoureux de culture se réjouissent : voici tout d'abord venir un petit point culture. L'Okiya, qui est un terme japonais (vous ai-je surpris ?) désigne le logement des Geishas. Elles y sont logées le temps de leur contrat avec la maîtresse de maison où elles servent d'apprenties en remboursant leur dette. (Merci Wikipedia).

Le cadre étant installé, brisons immédiatement toute fausse idée : Okiya n'est pas un jeu de gestion de Geishas, de conquête de territoire ou quoi que ce soit du genre. Détrompez-vous, tout ceci "n'est que" de la forme. Le but du jeu est bien plus simple. Afin de remporter la partie, le joueur devra évincer son adversaire dans une lutte d'influence et briller aux yeux de l'empereur. Mais attention, simple ne signifiant pas facile, une seule et unique règle viendra corser cet objectif qui semble pourtant si rapide à réaliser. Voyons cela ensemble.

 

Gameplay

Chaque joueur choisit une Okiya : la maison rouge ou la maison noire. Ils récupèrent alors les pions correspondant à leur couleur qu'ils disposent près d'eux. Puis 16 tuiles, constituant le jardin impérial, sont mises en place au centre afin de former un carré de 4 par 4. Et c'est tout. Le terrain est déjà prêt pour une lutte acharnée.

 Okiya 1La maison rouge et la maison noire se situent de part et d'autre des tuiles qui représentent le jardin impérial.

 

Après avoir bien tourné autour du pot, une question subsiste : "mais Monsieur, ´faut faire quoi ? C'est comment qu'on gagne ?". Et bien Gamin, laisse-moi tout te dire.

Comme je l'ai dit plus haut, le but du jeu est simple. Pour gagner, il vous faudra au choix :

  • Aligner les pions de votre Okiya dans le jardin impérial (verticalement, horizontalement ou diagonalement)
  • Disposer les pions de votre Okiya en carré (2 par 2), toujours dans le jardin de l'empereur
  • Empêcher votre adversaire de jouer.

Comme vous l'aurez compris, nous sommes ici plus proches d'un Puissance 4 que d'un Risk. Mais c'est ensuite que tout se corse. Une fois le premier joueur désigné (au hasard Gamin, au hasard. Ton âge ne t'avantagera pas cette fois !), celui-ci doit choisir une tuile du jardin et la remplacer par un de ces pions. Son Okiya occupe désormais cet espace. Cependant attention, le premier joueur (et uniquement lui) est obligé de choisir une tuile qui se situe sur les bords du jardin ! Il lui est donc interdit de commencer par une tuile du centre à son premier tour de jeu. Une fois la tuile choisie et remplacée, il la place près du jardin, bien visible : cette tuile représente la contrainte pour le prochain tour.

Et c'est ici qu'Okiya exprime tout son intérêt. Chaque tuile affiche 2 illustrations : l'une représente un motif végétal (l'érable, le cerisier, le pin ou l'iris) et l'autre une spécificité (soleil levant, tanzaku, oiseau ou pluie). Une fois que le premier joueur a choisi sa tuile, le, second joueur ne pourra choisir qu'une tuile affichant une des illustrations déjà présentent sur la première tuile (même végétation OU même spécificité au choix) selon la contrainte imposée au tour précédent. Les tours s'enchaînent alors sur ce "simple" schéma, chaque joueur prenant en compte la contrainte imposée par son adversaire au tour précédent, jusqu'à ce que l'un d'entre eux parvienne à remplir une des conditions de victoires.

 OkiyaLa tuile en bas du plateau impose une contrainte. Le prochain joueur ne pourra prendre qu'une tuile comprenant des feuilles tombantes (C1, C2 C3) ou un tanzaku (D1, D2).

 

Okiya permet, par son gameplay simple, de multiplier les parties rapides qu'on ne verra pas s'enchaîner tant elles sont courtes. Il est important de bien observer son adversaire et comprendre sa réflexion afin d'anticiper ses mouvements mais également ne pas oublier de construire votre propre offensive. Rester en défense et ne faire que réagir ne vous octroiera pas la victoire ! Si au départ les possibilités semblent infinies, le champs des possibles se réduit très rapidement, et, dès le 4è tour, les enchaînements deviennent plus lents, plus précis, plus stratégiques. Dans Okiya il faut garder en tête que chaque coup peut être décisif, et pour maîtriser la partie, il vous faudra maîtriser votre jeu mais également celui de votre adversaire. Votre prochain coup dépendant obligatoirement du sien, il est bon de mettre plusieurs stratégies en place afin de pallier à diverses options, avoir plusieurs coups d'avance sur lui et l'amener à sélectionner la tuile que vous désirez qu'il sélectionne. Parce que si les possibilités se réduisent pour vous, n'oubliez pas qu'elles se réduisent pour lui aussi et de ce fait, son prochain coup, qui dépend exclusivement de votre tour à vous, peut être anticipé.

C'est donc dans ce contexte que se déroule les batailles d’Okiya, où la réflexion se mêle à une certaine tension. Chaque prise de tuile devient cet instant décisif qui nous transporte dans la peau d’un démineur prêt à désamorcer une bombe, nous laissant croire que si nous nous trompons, le plateau de jeu explosera sur la victoire de notre adversaire.

 

Design et Ergonomie

Cela vous sautera aux yeux si vous êtes amateur de jeux japonais : Okiya exprime à travers son graphisme la poésie du Hanafuda, jeu de cartes traditionnel japonais. Il ne le cache pas d’ailleurs et le revendique comme désireux de rendre hommage à sa principale source d’inspiration.

Tout dans Okiya aspire à rappeler cette poésie : le thème des Geishas, qui, plus que de simples courtisanes, étaient, dans la culture japonaise, des femmes cultivées et à l’aise avec différents types d’arts. Également, le traits fin, précis du graphisme rappelant l’art pictural japonais, épuré, coloré et pourtant chargé de symbole. Et puisque nous parlons de symboles, les tuiles affichent des tanzakus, petits parchemins japonais, sur lesquels sont inscrits de courts poèmes, jouant avec les sonorités en fonction de l’ordre dans lesquels ils sont lus.

 

tuiles
Le design, très symbolique reprend les thèmes principaux du hanafuda

 

Au premier abord, Oikya m'a laissé avec quelques questions. Pourquoi un univers de Geishas alors que je ne fais qu'aligner des pions ?  En quoi cet univers est-il exploité dans la mécanique de jeu ? La forme semblait n'être qu'un prétexte venant habiller un banal Puissance 4. Parce que oui, Okiya aurait pu n'être qu'un dérivé de Puissance 4 ou un Hanafuda sans plus d'originalité. De même, il aurait été simple, pour un jeu de conquête, de faire s'opposer les joueurs avec des armées, des explosions et autre formes violentes de conquête. Or ici, Okiya s'évite ce type d'approche. Voir un jeu mêlant aussi subtilement l'élégance de son gameplay à la grâce de son design est assez important pour être souligné. La forme poétique du jeu vient habiller une mécanique élégante de gameplay qui, alliés, illustrent à la perfection la rivalité gracieuse des maisons de Geishas.

Sans être trop chargé, Okiya présente donc un graphisme en accord avec les thèmes abordés. Loin de toute violence, la bataille des maisons de Geishas se fait avec la plus grande élégance, aussi bien dans son fond, par un gameplay simple et accessible que dans sa forme avec un graphisme fin et poétique.

 

Conclusion

Alors ce jeu est-il fun ? Pour sûr il l'est ! Il y a peu de chance que vous décidiez de vous arrêter après seulement 1 ou 2 parties. Votre réflexion s’affinera au fur et à mesure qu’elles s’enchaîneront ainsi que les différents adversaires et le plaisir de la victoire dans la plus grande des douceurs est véritablement agréable.

Ce petit jeu fut pour moi une agréable surprise, permettant de réfléchir en s’amusant. En plus, son format de poche vous permettra de l’emporter partout, alors en route pour le Palais Impérial, la bataille des Okiya vous attend !

 

okiya

A propos Nathanaël Deslances

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